Anti-judaisme des Evangiles

Des passages très clairs

Matthieu et l'Ange - Cantarini

Il ne faut pas se le cacher, la rédaction des Evangiles n’est pas en faveur du judaïsme de l’époque, c’est indiscutable. Matthieu au chapitre 27, nous raconte le procès de Jésus. Sous  la pression des autorités religieuses de l’époque et de la foule, le procurateur romain, Pilate, seul habilité à condamner, se laisse convaincre de condamner à mort Jésus :

24 Quand Pilate vit qu’il n’arrivait à rien, mais que l’agitation augmentait, il prit de l’eau, se lava les mains devant la foule et dit : « Je ne suis pas responsable de la mort de cet homme ! C’est votre affaire ! » 25 Toute la foule répondit : « Que les conséquences de sa mort retombent sur nous et sur nos enfants ! » 26 Alors Pilate leur libéra Barabbas ; il fit frapper Jésus à coups de fouet et le livra pour qu’on le cloue sur une croix.

(Traduction en français courant)

C’est donc assez clair… Une foule qui, quoiqu’il arrive, semble vouloir la mort de Jésus ; une foule composée d’Israélites et donc de juifs et qui par conséquent « endossent » la responsabilité de la mort de Jésus.

Alors pourquoi cet « anti-judaisme » de la part du rédacteur de l’Evangile ?

Il faut pour cela se plonger dans la construction même de Nouveau Testament qui date de la fin du premier siècle… Et oui, ce n’est en effet pas au lendemain de la mort de Jésus, ni même après quelques mois que le Nouveau Testament prend forme, mais près de 50 ans plus tard ! Une personne qui écrirait aujourd’hui l’histoire de la seconde guerre mondiale serait dans une situation proche des rédacteurs de l’Evangile de Matthieu.

Il est par conséquent compréhensible, qu’une narration, à propos d’événements vieux de 50 ans, subisse les influences de l’époque à laquelle cette dernière (la narration) est écrite. Or un drame « incalculable pour l’histoire universelle » (Hadas-Lebel, 2004, p.363) se déroule à ce moment-là,  la destruction du temple de Jérusalem (vers 70).

Pour faire vite, Vespasien, excédé par les attitudes rebelles des communautés juives de Jérusalem, confit à son fils, Titus, le soin de reconquérir Jérusalem ; ce qu’il parvient à faire en 70. Cette conquête passe par la destruction du Temple ; ce qui est une catastrophe pour les différentes dénominations religieuses de l’époque attachés au Temple, parmi lesquels se trouvent les partisans de Jésus de Nazareth. Cet événement aura deux conséquences :

  • L’émergence d’un des courants du judaïsme
  • Une interprétation de cet événement opposée de cet événement de la destruction du temple

L’émergence d’un des courants du judaïsme au détriment des autres

Après cette catastrophe le judaïsme très composites est contraint de se réorganiser et cette réorganisation se fait au  au détriment de tous les autres courants issus du judaïsme. Le courant qui émerge est celui qui s’est spécialisé dans l’interprétation de la loi (les pharisiens) et qui instaure comme nouvel édifice, celui de la « loi », puisque le Temple n’est plus… Pour les partisans de Jésus comme pour les autres courants du judaïsme, du reste, la question devient vite celle de savoir comment exister face à cette prise de pouvoir des pharisiens. Il n’est par conséquent pas extraordinaire de voir se greffer des ressentiments à l’égard des pharisiens et plus largement des personnes qui vont à la synagogue chez les partisans de Jésus. Or comme ces derniers s’organisent en se constituant en communauté, mais aussi en écrivant (le Nouveau Testament), il est naturel d’y percevoir le fruit de leur état d’esprit en face de cette situation.

Une interprétation de la destruction du temple 

Nicolas Poussin - La destruction du Temple

Aussi lorsque les front se consolident, lorsqu’on relit l’histoire, ce qui est le cas de la rédaction des Evangiles, une catastrophe de ce type n’est jamais interprétée comme étant seulement le fruit d’un acte politique, mais comme la conséquence d’une punition… Le problème étant que pour les uns, les partisans de Jésus, il est clair que la destruction du Temple est le châtiment de Dieu envers les israélites qui n’ont pas accepté de voir en Jésus le libérateur. En revanche, pour les autres, la destruction du temple est à mettre sur le dos de ces gens qui de par leur croyance, sont à côté de la plaque. L’écart entre courants se poursuit pour aboutir à des ruptures.

Réflexions…

Ainsi la faute des malheurs est toujours attribués à l’autre. Une histoire qui n’est pas sans rappeler l’un des premiers dialogues entre Dieu et l’homme, après que ce dernier eut mangé le fruit de l’arbre défendu… Plutôt que d’assumer son acte, l’homme répond à Dieu qui le cherche :

« 10 L’homme répondit : « Je t’ai entendu dans le jardin. J’ai eu peur, car je suis nu, et je me suis caché. » — 11 « Qui t’a appris que tu étais nu, demanda le Seigneur Dieu ; aurais-tu goûté au fruit que je t’avais défendu de manger ? » 12 L’homme répliqua : « C’est la femme que tu m’as donnée pour compagne ; c’est elle qui m’a donné ce fruit, et j’en ai mangé. »

Bref, c’est pas moi, c’est lui ! C’est toujours l’autre ou « il nous faut des coupables ! » Gros travers de l’humanité, pourrait-on dire pour résumer en simplifiant quelque peu, je vous l’accorde les causes de l’anti-judaisme des Evangiles.

Guy Labarraque

Pour aller plus loin…

HADAS-LEBEL, M. (2004), « La destruction du Temple et ses conséquences » in Les premiers temps de l’Eglise, Marie-Françoise Baslez, Paris, Gallimard, pp. 363-371

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