But du Voyage

Il s’agit de la visite du Mémorial de la Shoah avec comme perspective deux thèmes :

  • Pourquoi l’antisémitisme chrétien ?
  • L’un des procès les plus important du XXème siècle : Adolphe Eichmann (thème d’une exposition temporaire du mémorial)

La visite du Mémorial

La visite au Mémorial aura deux temps :

  • Le matin, directement, un travail dans un atelier pédagogique à propos du thème de l’exposition temporaire du moment qui abordera le procès d’Adolphe Eichmann, en 1960. Adolphe Eichmann est l’un des organisateurs du transfert des juifs vers les camps de la mort.
  • Une visite guidée l’après-midi du mémorial en tant que tel et qui aborde, entre autre, un parcours chronologique retraçant l’histoire des juifs de France pendant la Shoah. On aura l’occasion de voir les différentes étapes d’un processus particulièrement odieux envers les personnes de confession israélite.

Guy Labarraque

l’antisémitisme

La question de l’antisémitisme s’inscrit dans le rapport que l’histoire rapporte à toutes les époques à savoir le rapport entre minorités et société d’accueil. Ce qui distingue le cas du judaisme, pourtant, c’est la durée, l’intensité et la persistance de cette opposition. L’antisémitisme semble faire son lit de trois caractéristiques qui s’avère « unique par leur addition. »

  • Le peuple juif s’identifie à une religion et cette religion se confond avec lui, ce qui n’est pas le cas des autres religions à vocation universelle qui traverse par exemple l’appartenance ethnique, nationale ou autre ;
  • Le judaïsme est à l’origine de la famille monothéiste. Elle pose aux autres familles (christianisme et Islam) ce lien de filiation et de dépassement… Or pour le christianisme cette volonté d’accomplissement change l’opposition ancestrale qui existaient entre lui et les sociétés d’accueil à dominante polythéiste. Le christianisme s’est conçu dans l’idée de se substituer au judaïsme, et donc problème…
  • Enfin le judaïsme, depuis la destruction du Temple de Jérusalem (environ 70 après Jésus-Christ), s’est toujours retrouvé en situation d’éparpillement (on dit de diaspora) avec l’éternelle contradiction de ne pas accepter dans son milieu des gens (pour x raisons) et de leur reprocher ensuite de faire bande à part.

Ce dont on doit prendre note, c’est que le christianisme va donner le cadre (vocabulaire, thématique, etc.) à l’antisémitisme et ce pour le pire.

Bibliographie

Burrin P. (2004), Ressentiment et apocalypse. Essai sur lantisémitisme nazi, Paris, Seuil, 103 p.

Hannah Arendt (1906-1975)

Pourquoi Hannah Arendt ?

Le mémorial de la Shoah s’intéresse, lors de notre visite, aux différents procès de criminels de guerre. Or elle écrira un livre à propos du procès d’Adolphe Eichmann qui fit beaucoup de bruit, tant du côté des membres de la communauté israélienne qu’en occident. Son optique est sans ménagement, elle nous oblige à nous reposer quelques unes des questions fondamentales que suscite le drame de la Shoah.

Quelques mots sur son optique philosophique

Aménager, dans l’esprit de ses contemporains, un espace de mémoire pour la lumière oubliée du politique, tel est le souci ou l’ambition unique qui inspire l’œuvre de Hannah Arendt.

Juive allemande et philosophe, née à Hanovre, formée par deux grands maîtres, Heidegger et Jaspers, elle a connu deux fois l’exil, en France (1933), puis aux États-Unis (1941), dont elle devint citoyenne,

Le titre de son premier livre, Les Origines du totalitarisme (1951), éclaire l’œuvre entière, De celui-ci à son dernier, Du mensonge à la violence (1972), en passant par ses deux ouvrages de 1963, Eichmann à Jérusulem et Essai sur la révolution, Hannah Arendt dresse la généalogie du monstre et de ses avatars, L’analyse de la réalité totalitaire, à savoir le camp de la mort concentrationnaire, la conduit à montrer qu’avec le totalitarisme on a affaire, malgré les différences idéologiques, à un « nouveau type de régime » irréductible aux formes traditionnelles d’oppression politique et caractérisé par la substitution à la loi positive (celle que les peuples choisissent par le vote) d’une loi de mouvement prétendue naturelle (celle dont on serait soumis selon la nature), propre à justifier l’extermination des classes ou des races théoriquement « condamnées » par la nature et l’histoire. Dès lors, la terreur devient légalité et constitue l’essence même du régime en même temps que son principe.

Quant à l’idéologie, à savoir la logique de l’idée (lutte des classes ou lutte des races) à laquelle le processus historique et naturel est censé correspondre point par point, elle constitue une préparation au déchaînement sans frein d’une telle terreur.

L’« homme nouveau » que souhaite produire le régime totalitaire (ici le régime nazi), ce n’est pas le fanatique, mais l’homme générique, c’est-à-dire le pur représentant de l’espèce… Ce qu’il fait, correspond à la suite logique de son conditionnement naturel. Dès lors la société qu’il prétend instituer est dépourvue de toute affectivité comme de toute initiative et de toute opinion. C’est une société privée de mémoire puisqu’elle est un agrégat d’individus interchangeables, sans appartenance et sans pouvoir.

Au-delà, les analyses de Hannah Arendt font ressortir les implications historiques et philosophiques du phénomène totalitaire. La monstruosité doit être comprise comme l’aboutissement d’une maladie de la pensée politique, d’une occultation de l’« esprit originel » des mots clefs de la langue politique, tels que liberté et justice, autorité ct raison, responsabilité et vertu, pouvoir et gloire ».

Guy labarraque

Adapté de l’Encyclopaedia Universalis